ERC « MASSTICK »
Fissures : quand l’inertie change la donne
Grâce à une ERC Advanced Grant, Julien Réthoré lance le projet MASSTICK. Son ambition : revisiter notre compréhension de la rupture des matériaux en explorant une piste encore largement négligée, le rôle de l’inertie dans la propagation des fissures.
Un financement réservé aux projets les plus audacieux
Décernée par le Conseil européen de la recherche (ERC), l’Advanced Grant récompense des scientifiques confirmés et reconnus à l’international. Elle leur donne les moyens de mener des recherches à haut risque, mais au fort potentiel de rupture scientifique.
La sélection est particulièrement exigeante. En 2025, seuls 319 projets ont été retenus sur 3 329 candidatures, pour une enveloppe globale de 838 millions d’euros dans le cadre du programme Horizon Europe. Chaque lauréat peut recevoir jusqu’à 2,5 millions d’euros pour un projet de cinq ans.
Pourquoi une fissure se propage-t-elle ?
La plupart des ruptures de matériaux commencent par une fissure. Dans un matériau fragile comme le verre ou certains polymères, cette fissure peut avancer à une vitesse fulgurante, jusqu’à la rupture complète de la pièce.
Le phénomène est étudié depuis longtemps. Pourtant, les modèles actuels n’expliquent toujours pas l’ensemble des comportements observés en laboratoire.
C’est cette zone d’ombre que MASSTICK entend éclairer. Le projet repose sur une hypothèse forte : le mouvement de la pointe d’une fissure serait en partie gouverné par des effets inertiels, que les théories classiques de la rupture dynamique prennent encore très peu en compte.
Observer, mesurer, modéliser
Pour mettre cette hypothèse à l’épreuve, l’équipe s’appuiera sur des expérimentations inédites, associant instrumentation multiphysique de pointe et imagerie ultra-rapide. Ces dispositifs permettront de suivre la progression des fissures avec une précision exceptionnelle et de mesurer les phénomènes physiques qui l’accompagnent.
Les chercheurs s’intéresseront tout particulièrement à ce qui se passe à très petite échelle, au plus près de la pointe de la fissure, là où se jouent les mécanismes de propagation. Leurs observations seront ensuite confrontées à des simulations numériques.
À terme, le projet vise trois objectifs :
- proposer une nouvelle formulation de la rupture dynamique ;
- l’intégrer dans des outils de simulation numérique ;
- constituer une base de données d’imagerie ultra-rapide et de mesures de champs, ouverte à l’ensemble de la communauté scientifique.
Légende : Essai d’impact sur une plaque de plexiglas. Une caméra haute résolution (8 mégapixels) capable d’enregistrer jusqu’à 4 millions d’images par seconde filme la fissure, qui se propage à plusieurs milliers de km/h. Ces images servent à mesurer les déplacements dans le matériau, puis à construire des modèles capables de simuler la rupture dynamique.